samedi 25 janvier 2014

Raw Vision, 25 d'Art Brut, une Expo Aussi Fine que Renversante.



La Halle Saint-Pierre accueille des artistes souffrant de maladies mentales. Ils n'ont, pour la plupart, pas suivi les règles de l'art.

Jusqu'au 22 Août, venez voir comme la thérapie par la création artistique peut être majestueuse.



Dans la "Maison des Artistes"des hôpitaux psychiatriques, les malades viennent s'exprimer librement.

Ils n'ont pas suivis les codes, ne connaissent pas les règles. Ils fonctionnent à la sensation, aux frayeurs, au besoin de s'exprimer plus clairement qu'avec des mots qui ne sortiraient pas.




Sur les peintures et les dessins, on comprends les névroses. On ne juge pas le passé de l'artiste, on ne lui demande pas de se tenir droit sur sa chaise.
Et d'écouter sagement le professeur sans vouloir lui planter son pinceaux dans l'oeil.



La liberté permise dans l'art brut donne des résultats époustouflants.

Le plus impressionnant, c'est la patience du créateur, qui ne craint pas la lourdeur de la tâche à accomplir.




D'un travail aussi fatiguant et énervant que regarder à travers le chas d'une aiguille, certains dessinent avec une telle finesse et un tel sens du détail, qu'ils nous remettent en question.



Aurai-je eu le courage et la patience de faire ça sans péter un câble ? La patience et la finesse à ce stade relève évidemment de la maladie. Mais qu'est-ce que c'est beau.




Certains taillent des mines de crayon de papier. Pour en faire une maison, avec des fenêtre en transparence. Peut-on imaginer tailler une mine et la creuser sans la casser ?




Une telle finesse relève de l'inhumain. Comme des extra-terrestres, ou plutôt comme des génies, ces artistes ne suivent pas les règles, ils en imposent de nouvelles.

Et nous laissent sans voix.





jeudi 28 novembre 2013

Raymond Depardon Complexe Les Apprentis Photographes au Grand Palais.



Jusqu'au 10 février 2014, Raymond Depardon expose plus de 150 photographies, sous le titre "Un Moment si Doux". Un hommage à la couleur dans son oeuvre, comme un fil conducteur qui nous pousse à en voir toujours plus.

Dès 16 ans, il prend des photos. Surtout le quotidien. Plus tard, c'est un peu partout dans le monde qu'il fixe des moments, des impressions et des émotions. On visite ainsi l'Ecosse, les USA, l'Amérique du Sud, l'Afrique, Honolulu, sous l'oeil aiguisé de Depardon.

Lorsqu'il photographie les scènes de guerre à Beyrouth, c'est le passage des balles qu'il fige, et non le désastre humain. Une voiture mitraillée plutôt qu'un corps dépouillé. Des conséquences plus que des actes. On a comme l'impression d'avoir les oreilles bouchées, de vivre l'instant d'après... après le bruit, après les coups, après les cris.

Glasgow est sublimée dans sa noirceur. Une ville glauque à souhait, sans végétation, sans couleurs, plein de béton, et de nuages épais. Et pourtant, Raymond Depardon parvient à fixer la couleur. Une couleur intense.
Dans les moments les plus maussades, il fait naitre la lumière et injecte des couleurs saisissantes à ses clichés. Il fait du majestueux avec du glauque.
Des sans-abris, des enfants qui courent sur des rues bétonnées, des routes désertes et des vieilles voitures abandonnées. Le triste dimanche après-midi pluvieux se transforme en oeuvre d'art.

En Afrique, il mise encore davantage sur le contraste des couleurs. Les vêtements habitent le paysage. Les visages illuminent l'instant et donnent sens aux émotions qui nous transportent.

C'est si beau que les photos ressemblent à des peintures, réalistes certes. Mais tout est si clean et parfait que la réalité se trouve dépourvu de tout défaut.

Alors que Depardon veut montrer le quotidien, il l'embellit tant qu'il le fausse. Pour la bonne cause. On lui pardonne cet excès d'esthétisme.

La lumière, et les couleurs. Voilà ce qu'il faut retenir de cette exposition.
Connaisseurs, simples amateurs ou professionnels, cette exposition s'adresse à chacun d'entre nous, à des degrés différents. Mais tous pourront s'accorder sur le talent de l'artiste.

Voyez plutôt :









mercredi 20 novembre 2013

Inside Llewyn Davis, la Loose et le Folk des Années 60, par J. et E Coen.


Avez-vous déjà pris le risque de vivre votre rêve ? Bien souvent, on se heurte à des ratés conséquents, des déceptions, des baisses de motivation, mais rarement à de bonnes surprises.

Pendant sept jours, on va donc suivre le parcours d'un anti-héros, ou plutôt un looser, trainant sa guitare et un chat qui ne lui appartient pas, dans les rues glaciales de New York.


Llewyn Davis est un chanteur et musicien de folk. Il est très doué, mais tout le monde s'en fout.

Les salles dans lesquelles il joue sont presque vides et quand il fait beaucoup de chemin pour rencontrer un grand producteur, celui-ci lui répond qu'il ne fera pas fortune avec une musique pareille. Et son vieux père ? Il se fait pipi dessus en entendant son fils lui jouer un joli morceau.


Peut-être qu'une "amie" est enceinte de lui, mais elle le déteste. D'ailleurs, elle avorte, dans le doute.

Vraiment, quelle poisse...

Partout où Llewyn se trouve, il y en a toujours un pour lui montrer qu'il est un parfait looser. Même son nom inspire la moquerie.
Et pourtant, il s'accroche à la vie. Comme le chat qu'il a perdu et qu'il doit rendre à son propriétaire, Llewyn se perd, a froid, est fondu dans la masse, en un mot, il est insignifiant.


Comment sortir du lot ? Y a t-il quelqu'un pour croire qu'on a un potentiel, qu'on vaut quelque chose ?

Les frères Coen sont doués. Peut-être est-ce leur meilleur film d'ailleurs. Celui qu'on regarde le dimanche après-midi, quand il fait très froid dehors, que tout est gris et qu'une tasse de chocolat chaud vous attend, à côté de votre couette.


Ce n'est pas un film déprimant, même si le héros est probablement déprimé. On le comprend.
C'est plutôt un film réaliste qui traduit la difficulté de vivre ses rêves.
Un film qui ne ment pas, du début à la fin.


Non, il n'y aura pas de fin heureuse avec des enfants et une princesse au 90 C. Il y aura seulement Llewyn Davis et sa guitare.
Il n'a même réussi à rendre le bon chat à son propriétaire. C'est le chat qui a retrouvé le chemin de la raison et du foyer tout seul. Quelle poisse, je vous dis...

Allez-y, parce que voir un film où le héros est un looser qui a eu le courage à notre place d'accomplir ses rêves, c'est beau, c'est osé, c'est courageux.

mercredi 13 novembre 2013

En Solitaire, le Vendée Globe vu par C.Offenstein.



Un ami se casse la jambe. Pour Yann Kermadec, c'est l'occasion de saisir ainsi la chance de sa vie : prendre le relais et le remplacer pour espérer remporter la victoire du Vendée Globe.

Les conditions sont parfaites et Yann entrevoit la possibilité de devenir un vrai champion. Des dents éclatantes, une barbe de vrai marin, des cheveux poisseux par le sel et le vent, François Cluzet illustre le parfait skipper.


Tout lui sourit et sur terre, il est déjà acclamé comme une légende. Il est premier de la compétition et s'en sort comme un chef.

Mais voilà, un petit incident l'oblige à se poser quelques jours aux Iles Canaries. Juste le temps de réparer son bateau, et de laisse se faufiler un jeune ado à bord de son voilier.


Caché à bord, Yann ne remarque sa présence que trop tard. Que fait-il ici ? Comment est-il monté ? La colère du skipper monte à la vitesse d'un gros rouleau en plein mer, avec bruine s'il vous plait.

La compétition est foutue. La course à la voile autour du monde se fait en solitaire. "En solitaire à deux", souligne le jeune homme qui se trouve contraint de rester à bord.


Faut-il dire la vérité et perdre la compétition ? N'y a t-il de beau que la victoire ? Après tout, peut-on gagner sans répondre exactement aux conditions ? La victoire est belle, mais seulement à la vue du chemin pour l'atteindre.

On va voir En Solitaire pour le jeu époustouflant de François Cluzet. Un vrai marin incarné. On y va également pour les conditions extrêmes et réelles de ce tournage qui rendent le film si impressionnant.


Et si on aime les grosses vagues, et que l'on rêve d'être un jour sur un bateau pour admirer le lever du soleil, on court dans les salles obscures pour réaliser en partie ce doux rêve.

En revanche, on reste à la maison si on aime les films qui font réfléchir. En Solitaire manque de profondeur. Les sentiments sont faciles et les questions aussi. J'aurais aimé un peu plus de réflexion, de phrases percutantes, d'ambivalence dans les sentiments qui constituent la beauté d'une personne.


En somme, En Solitaire se vit de façon brut, sans chercher quoi que ce soit d'autre que ce qu'il y a sur l'écran.
Ne réfléchissez pas, vivez le moment, asperger vos yeux d'eau de mer, prenez peur à la vue d'une grosse vague.
Mais ne cherchez pas plus loin. L'iceberg n'a rien à cacher.

mardi 15 octobre 2013

La Vie d'Adèle, A. Kechiche : Récit Bestial d'un Amour Initiatique



Gros plan sur le kebab, les pâtes bolognaises, l'amour, le sexe, le nez qui coule. Abdellatif Kechiche ne prend pas de gants et colle la caméra sur le nez des acteurs.

Le jeu est risqué mais bien filmé : les acteurs ne mentent pas, et surtout Adèle. On espère qu'elle fermera la bouche en avalant la prochaine bouchée de patates, qu'elle essuiera son nez qui coule sur ses lèvres...mais tout est brut, comme dans la vie.


Adèle est au lycée. Ses amis se cherchent, comme elle, et ne laissent rien passer des différents événements vécus par chacun. Adèle doit se justifier d'une vie qui n'appartient qu'à son corps. "Genre, vous avez pas baisé ? Menteuse !" devient le rituel du matin avant d'aller en cours.

Alors qu'Adèle pense qu'il faut sortir avec un garçon pour connaître l'amour, elle ressent ainsi l'ennui. La simulation. Et ses fantasmes qui prennent le relais n'ont rien à voir avec un pénis.

Un jour, elle rencontre Emma "au hasard" dans un bar lesbien. Elle fait les Beaux Arts, elle a les cheveux bleus et une assurance qui déstabilise Adèle, jeune et presque vierge.


Alors que l'univers lesbien intrigue Adèle, les questions deviennent caresses et jeux de langues. Après tout, n'est-ce pas comme ça que l'on trouve meilleure réponse à nos désirs ?

En revenant au lycée, les questions fusent, et bientôt les insultes, l'intolérance et le rejet. "Toi, la lesbienne, ne me touche pas". Comme si nos pulsions sexuelles devenaient incontrôlables, passé l'hétérosexualité.

Mais Adèle s'en moque et c'est courageux. Elle décide de vivre, d'écouter ce jeune corps qui ne demande qu'à se nourrir.
Avec Emma, elle apprend ce qu'est l'amour, le sexe, l'homosexualité, la vie de couple, le doute, la tromperie, la déception et le remord.


Le film dure trois heures, et il n'y a pas eu besoin d'un milliard d'effets spéciaux pour faire passer le temps en un éclair. J'ai vécu les trois heures avec l'intensité d'une Adèle qui se cherche.

Adèle Exarchopoulos est stupéfiante de sincérité, comme si cette vie, c'était la sienne. Assumé, elle joue ce rôle avec une authenticité et un détachement bluffants.


Il faut la voir dormir, parler littérature la bouche ouverte remplie de kebab, la mèche qui vole et balaie sa joue en gros plan. Adèle n'est pas canon, elle est brut, naturelle et ne frime jamais.

Léa Seydoux lui donne la réplique avec autant de sincérité. Son regard est plein de tendresse et de désir lorsqu'elle regarde Adèle, même après leur séparation.

Un regard un peu supérieur mais admiratif, sexuel en somme.


Les scènes de sexe sont crues et parfois tellement longues qu'on se demande si l'on ne tombe pas dans la pornographie.
Les rapports lesbiens n'ont presque plus de secrets pour moi. Pour autant, sur trois heures de film, ce n'est pas ce que l'on retient de cet amour bestial et authentique.

Il faut aller voir La Vie d'Adèle, Chapitres 1 et 2. On reste scotché.


Avec cette impression d'être trop près des visages de chacun, on ressent d'autant plus les sentiments et les émotions qui passent dans les corps et les regards.

Il faut y aller, parce qu'on aime tous aller voir comment c'est chez les autres. " Comment tu aimes, toi ? Que fais-tu sous la couette ? Comment tu la regardes ? ".
Comme une curiosité indiscrète, on peut aller assouvir nos envies voyeuristes sans crainte d'être démasqué.

Qu'attendez-vous pour y aller ?

vendredi 4 octobre 2013

Jeune et Jolie, François Ozon : C'est Combien ?


Elle a 17 ans, et si au début elle a froid aux yeux, elle a vite chaud aux fesses.

Isabelle a tout pour plaire. Comme un air de Laetitia Casta dans sa jeunesse, elle est fraiche et pure. Elle rendrait jalouse toute fille qui passerait des heures dans la salle de bain pour avoir l'air correcte, alors que sans une goutte de fond de teint, Isabelle rayonne.


Oui, mais voilà. Qu'est-ce qu'on fait d'un physique pareil ? On le laisse au placard, on fait la fête comme les jeunes de son âge en attendant que la jolie fleur se fâne, ou bien on en tire du fric ?

De l'argent, elle n'en a pas besoin. Des cours au Lycée Henry IV, une famille qui ne manque de rien, de beaux vêtements. Pourtant, un jour, elle se crée un profil sur un site internet pour se prostituer.


Et voilà que le jeu commence. Une tenue, toujours la même, une chemisier piqué à maman, des escarpins et une jupe droite qui moule ses formes, du rouge à lèvres sang et du noir aux yeux. Une vraie femme, qui fait baver les hommes d'âge mûrs.


Et toujours, elle finit nue. Et toujours, elle se rhabille et récupère son cash. 300 €. Et puis un jour, tel Félix Faure, un retraité habitué à finir dans les bras de la belle nymphe, pousse son dernier soupir sur son lit de (petite) mort.

Isabelle s'enfuit, paniquée. Faut-il arrêter les bêtises ? La Police s'en chargera, et les parents, que vont-ils faire ?


Comment comprendre les motivations de cette jeune fille à qui tout semble sourire ? Ses premiers ébats n'ont certes rien à voir avec ceux de ses copines. Le sexe devient cette chose banale qui rapporte gros. Pourquoi le faire pour rien ?


J'ai aimé Jeune et Jolie, François Ozon a abordé un thème que les documentaires télévisés avaient abordés, nous laissant dans l'expectative. Et ici, c'est pire.

On ne sait pas pourquoi Isabelle ressent le besoin de faire ça. Si ce n'est le goût du risque, peut-être, cet interdit qu'on meurt de franchir à l'adolescence. Son argent, elle n'en tire rien. Il va servir à ses futurs séances de psy, obligatoires depuis cet incident.


Une incompréhension laissée comme telle par le réalisateur. J'ai aimé cette justesse provoquée par un manque d'explication. N'a t-on pas déjà fait des choses stupides et absurdes sans jamais pouvoir expliquer nos actes ? Aussi débiles et dangereux soient-ils ?

Le passage à l'âge adulte, plus ou moins long, ne se fait pas toujours dans un joli champs de roses et de coquelicots. En même temps dans ce film, il ne lui arrive rien, du moins à elle, et c'est plutôt une chance.


Ce film est vu comme un passage violent au monde adulte, un cap à passer, peu importe comment.
A voir, comme une version possible de l'adolescence et ses risques.

Blue Jasmine, la Dépression Selon Woody Allen


Un couple qui bat de l'aile, une new-yorkaise riche et élégante qui se retrouve seule, dépressive et fauchée, deux soeurs que tout oppose...tout est à refaire, et c'est dans ce contexte que nous plonge Woody Allen.


Cette fois-ci, le réalisateur est dans son élément. Alors, qu'il n'avait pas tellement maitrisé le charme parisien dans le très moyen Minuit à Paris, il gère bien mieux l'ambiance new-yorkaise et celle de San Francisco.

Jasmine (anciennement et plus médiocrement Jeannette) est contrainte de quitter son mari, un riche et sordide requin de la finance.
Alors qu'elle avait tout, la classe et l'élégance naturelle en plus, la voilà plus bas que terre à parler seule sur le trottoir.


Elle mélange le Martini et le Xanax, entre deux suffocations angoissantes. Elle tremble et transpire de voir sa vie redémarrer à zéro chez une soeur qui ne lui ressemble en rien et qu'elle méprise au plus haut point.

Ces deux-là n'ont pas le même milieu social et c'est une vraie caricature que nous dépeint le réalisateur.


Jasmine va devoir jouer contre les apparences mais aussi contre elle-même. Comment se mélanger à une société que l'on trouve vulgaire et médiocre lorsque l'on a vécu dans le satin ?

Si la richesse nous fait regarder la pauvreté d'en haut, perdre ses deniers provoque la débandade et la perte de contrôle.
Il n'y a alors plus assez de Xanax pour mener sa vie à bien, ou la mener tout court.

Qui du pauvre ou du riche est le plus enviable ? Je réfléchis encore, entre ses deux extrêmes, comme on est bien chez soi !


Quand l'ancienne riche donne des conseils à sa pauvre soeur, c'est sur fond de méprise et de dédain. tandis que l'une héberge l'autre pendant se dépression, sans jamais la juger, Jasmine ne fait que reprocher à sa soeur ses mauvais choix.

Mais laquelle des deux à réellement raté sa vie ?


L'une représente ce que l'autre n'est pas, mais aucune n'est à envier. Woody Allen aime les caricatures, mettre les pieds dans le plat quitte à ce que ce soit cousu de fil blanc.

On en fait trop, on perd la réalité pour verser dans l'excès, avec toujours cette pointe d'humour.


Mais cette fois, c'est plus fin. il manque peut-être un certain réalisme évident : quand on prend du Xanax et du Martini à longueur de journée, il n'est pas possible de faire un job qu'on déteste, tout en commençant des études d'informatique, ou alors que Jasmine nous donne ses super pouvoirs !


Blue Jasmine est réussi.
Le déclin d'une femme riche qui perd tout et devient folle et la vie d'une femme très modeste qui reste où elle est, sans jamais vraiment se poser de question, donne un contraste intéressant. A voir.